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Vendredi 31 juillet 5 31 /07 /Juil 02:10

II. Les termes du débat sur les politiques agricoles au Sénégal

 

Au total, l’examen de l’histoire des politiques agricoles au Sénégal nous a permis d’aboutir à la conclusion fort pertinente de  MINVIELLE & et LAILLER : le paysan, a été et reste le chaînon manquant des politiques agraires au Sénégal[30]. La solution au problème de l’agriculture réside dans l’intégration du paysan au cœur des politiques de développement agricole. En effet, la réhabilitation de ce dernier demeure l’un des principaux défis à relever par les pouvoirs publics afin que les politiques agricoles se concilient avec les exigences d’une agriculture compétitive.

 

Cependant, le constat est que les décennies passent et les problèmes de l’agriculture sénégalaise demeurent inchangés : manque de formation des paysans, indisponibilité d’un équipement agricole adapté, faible amélioration de la quantité et de la qualités des productions et absence d’un marché rémunérateur pour les produits agricoles locaux.

En outre, l’agriculture est encore prisonnière des aléas climatiques, des options politiques inadéquates, d’un environnement social gangrené par la pauvreté. A en croire MINVIELLE & et LAILLER, l’avenir de l’agriculture sénégalaise est intimement lié à la préservation des agricultures familiales qui donnent, à la fois, identité et moyens de subsistance nécessaires aux populations rurales[31] constituées essentiellement de pauvres.

 

Tableau : Population sénégalaise et nombre de pauvres en milieu rural en 2002

Région

Population

(000)

Ruraux

%

Total Ruraux (000)

Total pauvres en milieu rural

Dakar

2 267

3.3

75

43 425

Diourbel

1 050

84.0

882

650 916

Fatick

613

87.4

536

294 800

Kaolack

1 066

76.5

816

612 816

Kolda

836

88.1

737

560 857

Louga

678

81.4

551

255 113

Matam

423

86.1

364

203 840

Saint-Louis

689

63.5

437

245 594

Tambacounda

606

83.1

503

359 645

Thiès

1 290

56.5

729

457 812

Ziguinchor

438

56.4

247

182 039

Total

9 957

59.0

5 877

3 866 857















Source : Recensement de la population sénégalaise de 2002, Direction de la Statistique



La pauvreté pèse lourdement sur le monde rural dont plus de la moitié de la population est touchée par ce phénomène. Cette situation est importante et mérite d’être prise en compte au niveau des stratégies de développement économique et social du Sénégal. Au fond, il s’agit de tenir compte de la spécificité de la société, de l’économie, voire de l’espace rural dans les projets et programmes de développement. La méconnaissance des particularités rurales est à l’origine de certains biais notés dans les politiques agricoles et est responsable de la plupart des défaillances au niveau de la prise en charge des problèmes de développement rural.

 

En revenant sur les causes des échecs des politiques agricoles africaines, Mamadou SIDIBÉ note que la responsabilité de l’État est souvent très engagée. Pour SIDIBÉ, « la non prise en compte explicite de l’espace rural dans l’élaboration des politiques agricoles est sans nul doute un facteur limitant dans la lutte pour le développement »[32]. Au delà de ces constats, on retient que la vision agricole dominante, marquée par la philosophie du libéralisme, ne cadre pas avec les besoins réels du paysannat globalement considéré.

 

Comme on le remarque, le débat sur l’impasse des politiques agricoles au Sénégal met aux prises les tenants d’une justification endogène reposant sur l’existence de blocages d’ordre socioculturel et les partisans d’une explication exogène centrée essentiellement sur l’inadéquation des politiques imposées par les agences de Bretton Woods (BM et FMI) aux réalités locales. Il convient de souligner que de nombreux dirigeants d’États sous ajustement sont considérés par leurs propres populations comme étant des « moutons de Panurge » voire des complices de la communauté des bailleurs de fonds (BM, FMI, PNUD, OCDE, etc.). De même, les bailleurs reprochent souvent à ces dirigeants de n’avoir pas suffisamment appliqué les injonctions préconiser pour relancer leurs économies à la dérive et réduire la pauvreté.

 

En somme, on note une incrimination des méthodes et démarches des pouvoirs publics locaux jugés d’une part très laxistes par les promoteurs des PAS et d’autre part très austères par les populations. Si dans le premier cas, il est reproché à l’État d’avoir mal appliqué les conseils des bailleurs, dans le second cas l’État est taxé d’avoir mis en œuvre des politiques de développement qui ignorent les réalités socioculturelles locales[33].

 

Par ailleurs, l’embellie économique marquant la reprise de la croissance au lendemain de la dévaluation ne s’est pas fait sentir au niveau du panier de la ménagère. Cette contradiction soulève la question de la justesse des modes d’appréciation de la croissance adoptées par les institutions de Bretton Woods et remet au jour le débat des années 1970 portant sur le lien entre développement et croissance.

 

En réalité, il est à souligner qu’une reprise de croissance n’est pas synonyme de réduction immédiate de la pauvreté. Comme le notent Blandine DESTREMAU et Pierre SALAMA, « La croissance retrouvée n’est pas à elle seule susceptible de diminuer la pauvreté de manière significative, tant au niveau de son ampleur que de sa profondeur, dans un laps de temps raisonnable »[34]. Même s’il est vrai que la réduction de la pauvreté ne saurait se réaliser sans une reprise de croissance, il faut reconnaître que c’est l’efficacité de la redistribution sociale des fruits de cette croissance qui assure le recul de la pauvreté et non la croissance en elle-même. L’argument de la croissance économique comme condition du développement n’est pertinent que si la variable humaine est prise en compte.

 

 

   Encadré 2 : La critique de la croissance

 

    La principale (critique) réside dans le fait que, même s’il est vrai que la croissance ne règle pas tout, elle apparaît à beaucoup, et à juste titre, comme capable de dégager des marges de manœuvre et d’améliorer certaines dimensions de la vie quotidienne, de l’emploi, etc. A court et moyen termes, elle est donc appréciée positivement par de larges fractions de la population, d’autant plus larges d’ailleurs qu’on ne leur communique qu’un chiffre final (le taux de croissance réalisé ou espéré), en esquivant la question de son contenu qualitatif (qu’est-ce qui s’est amélioré ?) ou de sa répartition (le « partage de la valeur ajoutée »), sans parler de certains problèmes de mesure pourtant redoutables et qui fragiliseraient la « religion » du taux de croissance s’ils venaient à être connus.

 

Jean GADREY & Florence JANY-CATRICE,

Les nouveaux indicateurs de richesse,

Paris, La Découverte, 2005, coll. « Repères », pp. 3-4

 

 

Au regard de la vision de GADREY & JANY-CATRICE telle qu’elle se reflète à travers les nouveaux indicateurs synthétiques, les paramètres de la croissance méritent donc d’être réajustés pour prendre en charge les contenus souvent occultés de la richesse et de la pauvreté des nations encore « périphériques ». Ces indicateurs enrichis, mis au point au cours des dernières décennies, visent à « contrebalancer les jugements de progrès purement économiques »[35]. Au-delà des polémiques sur les causes de l’échec des politiques de développement, il importe de se focaliser sur les conséquences de l’insuccès des projets et programmes d’amélioration des conditions d’existence et d’envisager des stratégies de sortie de crise.

 

Cependant, peu de travaux s’intéressent à ce dernier aspect ; la plupart des chercheurs restent prisonniers du passé et du présent des sociétés du Sud du Sahara. Certes, la situation paysanne est mitigée : le sort du paysannat sénégalais est, de façon quasi structurelle, fluctuant à cause de l’instabilité apparemment chronique des composantes naturelle, économique, politique de son environnement. En effet, les évolutions en dents de scie de l’économie agricole sénégalaise, depuis les années 1960 à nos jours, attestent la variabilité des situations socio-économiques des producteurs. En ce début du troisième millénaire, le monde agricole sénégalais est marqué par la résurgence de certains handicaps agricoles que sont : la crise arachidière, la chute de la production cotonnière, le recul des productions vivrières, l’inexistence de marchés agricoles locaux, les problèmes de compétitivité de la filière rizicole.

 

Par ailleurs, il convient de souligner que cette dernière filière souffre de plusieurs problèmes allant de la cherté des coûts de production à l’inorganisation de la filière (absence de soutien financier aux producteurs, problèmes de débouchées, etc.). Au delà de la filière rizicole, toutes les autres filières connaissent des contraintes quasi identiques. L’implication des acteurs ruraux à la recherche de solutions constitue un début de réponse à ces problèmes d’organisation des filières agricoles. Après l’alternance politique intervenue en 2000, les nouveaux dirigeants se sont efforcés à relancer les productions agricoles vivrières[36]. Cette volonté politique, en dépit des résultats relativement positifs enregistrés, est insuffisante du fait que ces résultats ne s’inscrivent pas dans la durée. 


Au-delà la volonté affichée par les autorités publiques allant notamment dans le sens de  la résorption de la fracture agricole, force est de constater que le Sénégal n’est pas encore parvenu à faire de l’agriculture le moteur de la croissance et du développement. La situation de l’agriculture sénégalaise, plus particulièrement celle de la riziculture, n’est pas reluisante. Les initiatives et les options de mise en valeur de la filière rizicole, aux enjeux multiples, ne portent pas encore leurs fruits. Malgré la mobilisation des investissements colossaux destinés à la construction de grands barrages (Diama, Manantali) et l’aménagement de la rive gauche, le Sénégal n’est pas encore parvenu à rendre son agriculture moderne et performante.  

 

Rappelons que l’État, par l’entremise de la SAED, avait jeté son dévolu sur la vallée du fleuve du Sénégal dans le but de réduire sa dépendance extérieure en riz, mais les résultats n’ont pas suivi. Aujourd’hui, la situation céréalière du Sénégal soulève un paradoxe : on se demande comment un pays qui importe annuellement plus de 700.000 tonnes de riz par an peut-il connaître une mévente de riz de l’ordre de 10.000 tonnes sur une production globale qui ne dépasse pas 50.000 tonnes par an. En réalité, les variétés de riz cultivées dans le Delta ne sont pas très prisées par les consommateurs sénégalais. Il s’y ajoute que le riz du Delta est difficilement accessible aux marchés urbains mais aussi il est plus cher que celui importé d’Asie.

 

La riziculture sénégalaise rencontre des problèmes de rentabilité et de compétitivité. Les résultats des politiques agricoles dans le Delta sont mitigés : les effets directs des investissements dans l’agriculture irriguée n’ont pas répondu aux attentes ni des pouvoirs publics, ni des populations.  En conséquence, la vallée n’a pas profité des possibilités qui lui ont été offertes pour se développer. Comme le soulignent Abdou Salam FALL et Amadou BA, en s’appuyant sur un rapport de Garry CHRISTENSEN:

 

 la vallée du fleuve qui abrite 4,4% des ménages agricoles en dessous du seuil de pauvreté reçoit 40% de l’investissement total de l’agriculture… Les cultures irriguées rizicoles ont reçu en investissement une somme cinq fois supérieure à leur valeur totale de production[37].

 

Ceci démontre que les investissements sur la riziculture n’ont certes pas été rentables pour la filière agricole. Néanmoins, ils ont servi à réduire la pauvreté dans cette partie du Sénégal où seulement, à en croire Garry CHRISTENSEN, 4,4 % des ménages agricoles sont confrontés aux affres de la pauvreté. Ce détournement d’objectif souligne la primauté des questions sociales sur celles économiques chez les waalo-waalo. Aussi, dénote-t-il l’ancrage de la société waalo-waalo dans un fond culturel humaniste déterminant les manières de faire et d’être de chaque individu au sein de la collectivité sociale[38].  La mise en exergue de la dimension sociale dans la lutte pour le développement peut être analysée comme un refus de suivre les modèles dominants enracinés dans le matérialisme économique néo-libéral.

 

De façon globale, les soubresauts que subit l’Afrique des villages font montre de résistances identitaires profondes de la part des masses rurales qui sont en situation de transition sociale[39]. Le milieu rural est de moins en moins agricole. Les activités extra-agricoles occupent davantage de place dans l’économie paysanne. Pour François de RAVIGNAN, « Il n’est pas déraisonnable de penser que le maintien d’une population agricole conditionne, partiellement du moins, la stabilité ou le développement d’une population non - agricole. »[40]. Si en Occident, les mutations des sociétés rurales ont conduit à La fin des paysans[41], en Afrique où plus de 80 % de la population rurale évoluent dans l’agriculture, la disparition du paysannat y est considérée comme une vue de l’esprit. De nos jours, à l’échelle mondiale, le retour des paysans[42] semble être une réalité : la paysannerie abrite plus de la moitié de l’humanité et se propose d’être l’alternative à la civilisation du « tout marchand ».


III. Les conséquences des politiques agricoles sur l’évolution de la société rurale sénégalaise

 

L’étude des effets des politiques agricoles sur l’évolution de la paysannerie nous amène à examiner le contexte, en tant que support temporel de la vie collective, permettant de réactualiser les actions, de situer les symboles et de fixer les sens. Autrement dit, l’étude du contexte nous permet de jeter un regard, rétrospectif mais non chronologique, sur les événements politiques, économiques, socioculturels qui ont marqué le vécu du paysannat sénégalais et façonné les attitudes collectives des ruraux. Ce regard qui met l’accent sur l’environnement socio-humain (domaines politique, économique, culturel, institutionnel) cherche à établir un examen approfondi du fonctionnement de la société et de l’économie, dans une perspective polanyienne[43] dans laquelle le social et l’économique sont fortement imbriqués (embedded). Comme le soutient Louis DUMONT, dans les civilisations et les cultures extra-occidentales, les phénomènes économiques ne se distinguent pas des phénomènes sociaux. Ils font corps et s’imbriquent étroitement dans le tissu social[44]. Il demeure que l’évolution des sociétés du Sud, auxquelles DUMONT faisait allusion, a conduit à une distinction entre le social, l’économique et le politique. Cette mutation dépasse le cadre strict des sociétés traditionnelles africaines, elle apparaît comme étant un des traits marquants des sociétés contemporaines. Si en Occident c’est l’économique qui conditionne le social, il faut noter qu’en Afrique c’est le politique qui joue les premiers rôles dans le fonctionnement de l’économique, du social et du culturel.

 

Dans la plupart des sociétés africaines actuelles, l’orientation des rapports sociaux et de production demeure encore soumise à la logique collectiviste faisant des politiques publiques le moteur du progrès socio-économique. En effet, le niveau de bien-être collectif est corrélé à l’importance des moyens mis en œuvre. Ainsi, pour surmonter les contraintes et faire éclore les potentialités socio-économiques que renferme le corps social, la société mise sur ses leviers politiques destinés à actionner les initiatives socio-économiques porteuses de dynamiques nouvelles. Le social, l’économique et le politique constituent un triptyque dont le fonctionnement harmonieux représente une garantie de progrès.


Dans la plupart des pays du Sud comme le Sénégal, le dysfonctionnement relationnel entre ces trois composants s’est révélé néfaste à la marche du processus de développement à cause notamment de la sécrétion de phénomènes handicapants tels que la corruption, la concussion, le détournement d’objectifs. Les raisons de cette situation sont à chercher dans le passé de ces pays. En effet, de la période coloniale à nos jours, le Sénégal a traversé une série de crises à la fois économique, politique et sociale. Ces crises multiformes on touché de plein fouet les fondements de l’économie et de la société et ont eu des implications majeures dans l’orientation des politiques publiques et des comportements socio-économiques des acteurs.

 

En effet, les crises d’ordre socio-économique qui ont sévi au Sénégal dans les décennies 1970 et 1980, ont bouleversé les fondations de l’État au point de modifier les relations séculaires que ce dernier entretenait avec les masses paysannes. Comme, nous l’avons susmentionné, c’est la persistance de ces crises qui a amené l’État à se retirer du monde rural et à transférer une importante partie de ses missions publiques d’assistance et de développement à des structures communautaires privées[45]. C’est donc l’incapacité à satisfaire la demande socio-économique qui chassa l’État du monde paysan et accéléra l’émancipation des catégories marginalisées (jeunes, femmes).


Il convient de noter qu’avant même la remise en cause du rôle de l’État, c’est la légitimité du pouvoir gérontocratique qui fut mis à rude épreuve dans les cercles privés. Cette mutation des rapports sociaux est marquée par le rejet des valeurs de domination et d’asservissement contenus dans les obligations maritales et filiales traditionnelles et le respect de l’autorité gérontocratique. Les « cadets sociaux » se  détournent de l’espace politisé pour se consacrer aux objectifs essentiellement économiques (Diouf, 2001 : 207).


C’est dans cette mouvance de contestation des vieilles modes de sociabilité que les jeunes paysans du Delta du fleuve Sénégal, las de supporter les crises de revenus et les contre effets des politiques agricoles, se soulèvent contre l’État (la SAED) et l’autorité des aînés. Ainsi, en 1975 ils transforment l’association « Foyer des jeunes de Ronkh » en une puissante organisation fédérative paysanne : l’Association Sportive, Economique et Culturelle du Waalo (ASESCAW). 


Tout en assumant leur identité paysanne, les jeunes du Waalo ont voulu montrer, à travers cette défiance aux autorités administratives et aux tenants de l’ordre gérontocratique, qu’ils sont porteurs d’initiatives socio-économiques capables de faire évoluer l’économie agricole et la société paysanne du Delta par la mobilisation des catégories sociales dotées de potentiels riches et qui étaient jusque-là marginalisées : les jeunes et les femmes. Le développement fulgurant du mouvement associatif paysan et l’intérêt des ONG  pour ce  type de mouvement ont amené l’État à prendre en compte le rôle des femmes et des jeunes dans le développement rural. Avec l’échec des politiques d’ajustement et l’aggravation des conditions de vie dans les années 1990, l’État revient sur la scène rurale. Ce retour de l’interventionnisme de l’État en réponse à la crise grandissante de l’économie et de la société marque également l’échec de l’expérience de transfert de responsabilités aux populations locales qui étaient des laissé-pour-compte dans le système colonial. En effet, l’une des promesses des dirigeants sénégalais au lendemain de l’indépendance était de préparer le peuple à une émancipation démocratique à travers une plus grande implication des couches rurales dans la gestion de leurs affaires. Cette promesse n’a pas été tenue à cause des conflits de leadership au sommet de l’appareil d’État (Senghor – Dia) dont l’issue a conduit à l’instauration d’un régime dirigiste. Après deux décennies de main basse sur l’économie et la société (1960 – 1980), le régime socialiste, en difficulté économique et financière, a été contraint par les Institutions Financières Internationales à se recentrer essentiellement sur ses missions régaliennes.

 

Avec la mise en œuvre des PAS, l’insatisfaction des besoins fondamentaux de la grande majorité des ménages ruraux s’est accrue. L’incapacité des populations et de l’État à faire face aux problèmes de santé, de nutrition, d’éducation, d’assainissement remet en cause la pertinence des politiques d’ajustement imposées par la B.M. et le F.M.I. La demande sociale est restée insolvable du fait de l’inadéquation entre les politiques néo-libérales préconisées et les réalités locales. Ainsi, si les effets des PAS ont été durement ressenties, c’est à cause notamment de la faible portée des mesures sociales d’accompagnement[46] définies par les institutions de Bretton Woods. Ce qui importait pour ces dernières c’est plus la croissance économique que le développement social. En fait, dans la perspective néo-libérale, le besoin de rentabilité économique prime sur celui de la satisfaction des nécessités socioculturelles. En somme, l’application des PAS a porté un coup dur au monde rural.


Tout porte à croire que les conditions de vie des ruraux ne se sont pas améliorées. Au contraire, comme le soutiennent certains auteurs[47], elles se sont considérablement détériorées en entraînant une crise généralisée. Selon Fatou SOW[48], cette situation de crise n’a pas manqué d’avoir des effets néfastes sur les activités de production et sur la modification des rapports de pouvoir au sein du cercle familial. A ce niveau, il convient de noter que les changements de rapports entre hommes et femmes ont influé considérablement sur les structures familiales.

 

Cette mise à l’écart de l’« État baudruche »[49] des affaires économiques n’a duré qu’une décennie (1980 – 1990). Le retour de l’État au devant de la scène économique villageoise a été rendu possible par l’échec des PAS. C’est aussi cet échec qui a contribué à l’éclosion d’une conscience critique et engagée chez les ruraux avec l’émergence de mouvements corporatistes aux statures nationales et internationales comme le Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux (CNCR), la Fédération des Organisations Non Gouvernementales (FONGS), le Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA). Ces mouvements autonomes paysans, dont les responsables sont issus du milieu rural, jouent un grand rôle dans l’organisation des producteurs et dans la dénonciation des politiques néo-libérales prônées par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Pour les leaders paysans, l’accentuation de la pauvreté rurale est principalement due à la chute constante des prix des produits agricoles et à l’accroissement des subventions des agricultures du Nord. Il faut signaler que les revendications des organisations paysannes ne concernent pas seulement le secteur agricole mais elles comportent des volets alimentaires, sanitaires, éducatifs[50].


En fin de compte, les effets des politiques agricoles sur la paysannerie sénégalaise ne sont pas seulement économiques mais aussi sociaux, culturels, politiques, voire psychologiques. Sur ce dernier registre, signalons avec Jean-Marc GASTELLU, que même si l’assistance sociale des ONG et l’aide économique de l’État ainsi que celle de ses partenaires au développement  ont permis d’amortir les effets de la crise, il convient de remarquer que la recrudescence des dons a fini par faire des ruraux des dépendants socio-économiques voire politiques. Comme le soutient GASTELLU, l’État sénégalais, à force d’intervenir s’est rendu nécessaire à la survie des villageois[51]. De même, la manne financière apportée par les ONG a eu des effets pervers sur la paysannerie avec l’instrumentalisation opportunistes des femmes. En effet, les politiques de micro-finance axées sur l’approche « Genre » ont fait du micro-crédit un moyen de captage de ressources additionnelles pour les ménages.

 

 

Encadré 3 : Les soubassements idéologiques du financement des organisations féminines dans les pays du Sud

 

                  La priorité accordée par cette doctrine (du genre) aux femmes sert, en fait, essentiellement, d’alibi à une restructuration des économies locales catastrophiques pour les habitants du Tiers Monde et pour leurs femmes en particulier. Elle consiste à décharger l’État de ses fonctions redistributrices, à injecter un minimum de ressources dans les zones les plus fragilisées de la société, pour éviter les risques d’explosion sociale, et à laisser au secteur privé la charge d’assurer l’ensemble de la population, l’accès aux différents services (eau, électricité, éducation, santé, etc.). Le résultat a été d’exclure une grande part des populations du Sud de l’accès à la plupart des biens de première nécessité, en rendant leur accès payant et soumis à la concurrence …

                  Le rapport « Vaincre la pauvreté » de 1998 du PNUD remet en cause les dysfonctionnements qui maintiennent toute une partie de la population au-dessous du seuil de revenus minima et lui refusent l’accès, dans les conditions satisfaisantes, aux besoins fondamentaux (la nourriture, les soins, le logement, l’éducation, etc.). Le rapport conclut qu’il ne peut y avoir de lutte contre la pauvreté sans intervention des gens eux-mêmes et que l’inégalité homme -femme est le moteur principal de la reproduction de la pauvreté. Il s’agit donc d’intégrer les femmes, pauvres en particulier dans les processus de développement et de faciliter leur participation à tous les niveaux de la vie économique, sociale et politique. L’objectif n’est pas tant de favoriser leur émancipation ou d’améliorer leur situation, mais de leur donner les moyens d’agir pour le bien-être de la société dans son ensemble, tant elles sont perçues comme responsables de la stabilité des familles et de la cohésion sociale, gardiennes des valeurs et des traditions et gestionnaires des ressources naturelles …

       

                           Marguerite ROLLINDE, « Face au défis de la mondialisation,

                          la lutte contre la pauvreté et pour la dignité… », pp. 130-131,

             in BOCCELLA N. & BILLI A., Développement, inégalités, pauvretés,

                    Paris, Karthala, 2005, coll. « Hommes et sociétés », 430 p.

 


Les projets portés par les ONG ont amené la société rurale à s’ouvrir et à se transformer en profondeur : les soubassements idéologiques de ces projets visent la restructuration de l’économie et le remodelage des structures socio-familiales à travers l’émancipation de la femme, considérée comme le moteur du développement.

 

L’instrumentalisation des femmes et de leurs organisations a été soulignée par de nombreux auteurs tels que Marguerite ROLLINDE[52] et Anne-Cécile ROBERT[53]. Selon ces auteurs les associations féminines, en tant que relais sur le terrain de la Banque mondiale, courent le risque de se voir transformer en organes « prestataires de service » servant d’instrument de légitimation à une politique inscrite dans les canons de l’économie libérale. En réalité, comme le note Anne-Cécile ROBERT, les politiques libérales ne visent pas à lutter contre la pauvreté mais plutôt contre les pauvres que l’on reproche implicitement d’être de mauvais entrepreneurs. Tout en subissant les contre-performances régulières des économies subsahariennes, les femmes continuent d’agir pour inverser la tendance. Elles sont des symboles vivants de la résistance à la paupérisation des pays du Sud. En effet, leur entrée massive dans le marché agricole a contribué à la restructuration des rapports sociaux de genre au sein des ménages. Cette mutation est à l’origine de crises familiales nouvelles qui consacrent leur autonomisation et le recul de la gratuité de leur travail. C’est cette gratuité qui faisait que le travail féminin était ignoré par la comptabilité nationale.

 

En réalité, l’émergence des femmes sur le marché du travail n’a pas permis de juguler la crise économique du fait de leur faible émancipation socioculturelle qui, au demeurant, constitue un élément handicapant pour la société et pour l’économie. De l’avis de Moustapha KASSÉ, la crise économique et son pendant, la crise socio-familiale, ont une incidence grave sur la vie rurale et conduisent à déposséder les paysans de leur savoir-faire, de leurs capacités d’initiatives créatives[54]

 

            Pour faire face à ces crises multiformes, les ruraux ont développé des stratégies de survie et des modes de reconversion efficaces. Avec l’accélération de la lutte contre la pauvreté  et la création de richesse, la paysannerie sénégalaise a entamé sa révolution silencieuse.


Remarques conclusives sur les politiques agricoles au Sénégal

 

L’agriculture sénégalaise est, de nos jours, perçue comme une sorte de machine génératrice de richesses. Présentée comme levier de développement, elle offre des opportunités de travail et de sécurité alimentaire. Les crises profondes qui s’étaient emparées des masses rurales, déclenchant le « malaise paysan » et consacrant l’impasse des politiques agricoles, persistent encore. En dépit des vicissitudes de la filière arachidière, l’agriculture connaît un nouveau souffle. Désormais, on assiste à l’avènement de l’agriculture de prospérité promise dans les années 1960 et attendue depuis un demi-siècle par les paysans.

 

Pour réaliser cette amorce vers le développement, il importe à l’État du Sénégal d’intégrer le paysan au cœur des politiques agricoles. Force est de reconnaître que le retour des paysans dans les politiques publiques est une nécessité car l’approche technocratique et industrialisante de l’agriculture a montré, ailleurs, ses limites par rapport à la résolution des grands problèmes de la paysannerie : alimentation, santé, travail, environnement, etc. La levée de boucliers contre les OGM, la santé artificielle d’une agriculture hyper subventionnée, la recrudescence du chômage rural ont jeté du discrédit sur l’agriculture capitaliste du Nord.

 

Il s'agit donc de réfléchir sur l’avenir de l’agriculture paysanne qui passe par une "revalorisation" de ce que la société de marché a tenté d'éliminer à savoir le socle identitaire paysan. En effet, la civilisation paysanne a fait preuve dans l'histoire d'une capacité à faire durer les écosystèmes qui sont à la base de la survie de l'humanité et de la transmission de ses ressources aux générations actuelles. De plus, comme le soutient Silvia PÉREZ-VITORIA[55], les mouvements paysans sont porteurs de propositions qui permettent de résoudre certains problèmes de la planète par la sauvegarde de la biodiversité, l’adoption de pratiques culturales saines, la relocalisation des marchés, l’exploitation rationnelle des ressources de l’environnement. Le développement des petites exploitations passe par l’accès des paysans aux marchés rémunérateurs les permettant de vivre de leur activité. En somme, recentrer les politiques agricoles sur les paysans, constituant plus de 80 % de la population, c’est œuvrer pour l’avènement d’un développement humain et social durable.


[1] Claude FREUD et al., L’arachide au Sénégal. Un moteur en panne, Paris, Karthala-CIRAD, 1997, coll. « Économie et développement », 168 p. ;  René DUMONT, Paysanneries aux abois. Ceylan, Tunisie, Sénégal, Paris, éditions du Seuil, 1972, 254 p. ; Babacar SALL, De la modernité paysanne en Afrique noire : le Sénégal, Paris, L’Harmattan, 255 p. ; Valy-Charles DIARASSOUBA, L’évolution des structures agricoles du Sénégal. Destructuration et restructuration de l’économie rurale, Paris, CUJAS, 299 p., Coll. « Temps de l’histoire ».

[2] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, Les politiques de sécurité alimentaire au Sénégal depuis l’indépendance, Paris, L’Harmattan, 2005,  coll. « Ethique économique »,  187 p.

[3] Mohamed MBODJ, « La crise trentenaire de l’économie arachidière ». In Momar – Coumba DIOP, Sénégal, Trajectoire d’un État, Dakar, CODESRIA, 1992, 501 p.

[4] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit.,  p. 33.

[5] Une série d’enquêtes pluridisciplinaires sous forme de rapports en 15 volumes réalisée par le CINAM-CERESA, entre octobre 1958 et  juillet 1960, sous la conduite du Père Lebret a servi de base à la constitution du « Socialisme humaniste africain» de Senghor (CINAM-CERESA/Ministère du Développement Rural, « Rapport général sur les perspectives de développement », Dakar, 1963).

[6] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit.,  pp. 32-33.

[7] Avec la révolution française de 1789,  le pouvoir féodal, symbole de l’archaïsme politique, cède la place à la république et à ses institutions « démocratiques » et dirigistes.

[8] Yves PÉHAUT, « De l’OCA à la SONACOS », L’Année africaine, 1984, p. 407.

[9] Mohamed MBODJ, Op cit, p. 100.

[10]Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit., p. 40.

[11] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit., p. 51.

[12] Il s’agit des Géér en pays Wolof et des Torodo dans le Fouta.

[13]Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit., p. 39.

[14] Le Pacte colonial ou « Pacte du loup et de l’agneau » est décliné en ces termes : « Les colonies n'étant établies que pour l'utilité de la Métropole, il s'ensuit :
1) Qu'elles doivent être sous sa dépendance immédiate et sous sa protection.
2) Que le commerce doit être exclusif aux fondateurs.
Les colonies ne seraient plus utiles si elles pouvaient se passer de la Métropole : ainsi c'est une loi prise dans la nature de la chose que l'on doit restreindre les arts et la culture dans une colonie à tels ou tels objets, suivant les convenances du pays de la domination.
Si la colonie entretient un commerce avec les étrangers ou si l'on y consomme les marchandises étrangères, le montant de ce commerce est un vol fait à la métropole."
(In l'Encyclopédie, tome VIII, article "colonie", XVIIIe siècle). Ce pacte colonial était à l’origine de :

-          la spécialisation en matière de productions agricoles ;

-          la dégradation des termes de l’échange ;

-          le maintien d’une rente coloniale qui garantit la paix sociale par la hausse des salaires.

[15] La France avait mis en place un système de stabilisation des prix de l’arachide. Selon Jean-Paul MINVIELLE et Alexandra LAILLER, l’arrêt de ce soutien aux prix de l’arachide a entraîné une perte de 25 % des recettes d’exportations du Sénégal (Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit., p. 42).

[16] Bien que l’agriculture était en panne et que les autorités étaient conscientes que les solutions retenues n’étaient pas durables, le secteur continuait d’engranger l’essentiel du budget au détriment d’autres secteurs vitaux qui ne constituaient pas une menace directe à la stabilité du régime. Les objectifs de Senghor n’étaient pas de développer l’économie mais de consolider l’ancrage de son parti politique au pouvoir.

[17]Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit., p. 68.

[18] Mohamed MBODJ, op. cit.,  pp. 109 - 111.

[19] Mohamed MBODJ, op. cit.,  pp. 110-111.

[20] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit.,,p. 76.

[21] Nim CASWELL, « Autopsie de l’ONCAD : la politique arachidière au Sénégal 1966-1980 », Politique Africaine, n° 14,1984, pp. 39-73.

[22] Georges FRÉLASTRE, « Évolution de la politique agricole du Sénégal », Le Mois en Afrique, janvier-février 1982.            

[23] Mohamed MBODJ, op. cit., p. 107.

[24] Mohamed MBODJ, ibidem.

[25] Mohamed MBODJ, op. cit., p. 119.

[26] Silvia PÉREZ – VITORIA, Les paysans sont de retour, Paris, Acte sud, 2005, pp. 182-183.

[27] Jean-François BÉLIÈRES et alii, « Quel avenir pour les agricultures familiales d’Afrique de l’Ouest dans un contexte  libéralisé ? », International Institute for Environment and Development, dossier no. 113, octobre 2002,

[28] Il s’agit d’une liste de dix prescriptions économiques élaborées et réunies par l’économiste américain John Williamson sous l’appellation de « Consensus de Washington ».  Ces recommandations d’inspiration libérale faites à l’intention des pays économiquement en crise promettent l’amélioration des conditions économiques et sociales des pays qui les adopteraient.  

[29] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit.,  p. 131.

[30] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit., p. 162.

[31] Jean-Paul MINVIELLE & Alexandra LAILLER, op. cit,, p. 166.

[32] Mamadou SIDIBÉ, «  Option de développement rural et emploi au Sénégal » in Babacar FALL et alii, Ajustement, emploi et développement au Sénégal, Genève, BIT, 1992, p. 101.

[33] Mamadou -Balla TRAORÉ, « Pour une culture de l’autogestion » in Souleymane Bachir DIAGNE (dir.),      La culture du développement, Dakar, CODESRIA, 1991, 128 p. 

[34] Blandine DESTREMAU et Pierre SALAMA, op. cit., p. 37.

[35] Jean GADREY & Florence JANY-CATRICE, Les nouveaux indicateurs de richesse, Paris, La Découverte, 2005, coll. « Repères », p 4.

[36] Le Plan de Relance de la Filière Maïs, lancé en 2003, a porté la production maïsicole de 50.000 à 500.000 tonnes, le Plan de Relance de la Filière Manioc a été mis en œuvre en 2004 de même que la vulgarisation de la culture du sésame.

[37] Garry CHRISTENSEN, « Sénégal : investissement public dans le secteur agricole », Rapport pauvreté pour l’unité de politique agricole du ministère de l’agriculture de la république du Sénégal, octobre 1996, 35 p. cité par Abdou Salam FALL et Amadou BA dans « La pauvreté à l’assaut des ruraux. De la quantification à l’explication » , in Mamadou KOULIBALY (dir.), La pauvreté en Afrique de l’Ouest, Dakar-Paris, CODESRIA-Karthala, 2001, 154 p.

[38] « L’ « autotransformation de la vie » conduit les sociétés à élaborer, dans l’imaginaire, à partir des données des sens, une vision du monde tout entier, c’est-à-dire à se représenter un ordre cosmique dans lequel elles sont incluses. Un système d’expression symbolique, marqué par son esthétique propre, cachet de son originalité, appartient à chaque société. Cet ordre du monde, et le matériau imaginaire dont elle se sert pour lui donner forme, expriment sont système de valeurs, c’est-à-dire les finalités de la vie individuelle et communautaire, en relation avec les puissances supérieures dont elle dépend .»,  René BUREAU, « Transférer les techniques », p. 335-359, in Carmel CAMILLERI & Margalet COHEN-EMARIQUE (dir.), Chocs des cultures, Paris, L’Harmattan, 2002, p. 351.

[39] Pour Sophie BÉROUD, « Le passage d’un type de société à un autre s’opérerait au travers d’un processus graduel dont les premières séquences consacreraient la déstructuration des anciens modes d’intégration ; avec une phase intermédiaire du « grand refus » au cours de laquelle ne s’exprimeraient que des résistances corporatistes, dénuées de toutes perspectives », Sophie BÉROUD, « Le renouveau des luttes : entre fragmentation et convergences anticapitalistes », pp. 231-247, in Paul BOUFFARTIGUE, op. cit., p. 236.

[40] François de RAVIGNAN, «  L’agriculture pourrait-elle contribuer au maintien de la population rurale ?, pp. 105-115, in Nicole MATHIEU(dir.), L’emploi rural « Une vitalité cachée », Paris, L’Harmattan, 1995, p. 106.

[41] Henri MENDRAS, La fin des paysans, op. cit.

 

[42] Silvia PÉREZ-VITORIA, Les paysans sont de retour, Paris, Actes sud, 2005, 210 p.

[43] Du point de vue de Karl POLANYI, les faits économiques sont encastrés au sein des réalités humaines immergées dans l’environnement socioculturel marqué par les pratiques institutionnelles. In Karl POLANYI, La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, Paris, Gallimard, 1983 (1944), trad. par Catherine MALAMOUD, préface de Louis DUMONT, 419 p., coll. « Bibliothèque des Sciences Humaines ».

[44] Louis DUMONT, op. cit., préface.

[45] La politique de désengagement de l’État sénégalais dans le secteur agricole a favorisé l’émergence d’un mouvement associatif dynamique (GIE, Mutuelles de crédit, etc.) prenant le relais des pouvoirs publics.

[46] Les systèmes de crédit mis en place sont lourds et sous alimentés par rapport aux besoins de plus en plus croissants et les programmes de redressement économique et financier sont demeurés à l’état de vœux pieux.

[47]Mamadou Mignane DIOUF, « Lutte contre la pauvreté à travers le DSRP : dette et malaise paysan au Sénégal », pp. 43-53, in CONGAD, La dette : Tragédie, illusion et arnaque, Dakar, CONGAD, 2003,109 p.

[48] Fatou SOW., Gilles DURUFLE, Giovanni Andréa CORNIA et al.

[49] Selon Gérard AZOULAY, « Les griefs faits à l’État en Afrique Subsaharienne sont connus. D’une ambition initiale légitime d’acteur essentiel d’une croissance accélérée, l’État s’est progressivement transformé en "État baudruche" à l’origine d’inefficacité et de gaspillage des ressources. Les analyses socio-économiques et anthropologiques fondent l’étude de l’État Africain moderne sur les pratiques traditionnelles du pouvoir. Ces pratiques, largement basées sur des structures patrimoniales, ont été progressivement institutionnalisées après les indépendances et ont abouti à des formes combinées de gestion modernes et traditionnelles incluant des structures juridiques et institutionnelles formelles et le maintien des systèmes d’obligations, de prébendes, de clientélisme. Cette combinaison a supposé la captation par le pouvoir des ressources publiques et leur redistribution selon des réseaux complexes de relations. Les analyses en termes d’État prédateur mettent en évidence l’accaparement de l’État par des individus ou des groupes qui prélèvent le sur-plus rural et redistribuent au bénéfice d’une minorité, plutôt que de l’ensemble de la population ». In Les théories du développement. Du rattrapage des retards à l’explosion des inégalités, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002, coll.”Did. Economie“, p. 254.

[50] Giorgio BLUNDO, « Les courtiers du développement en milieu rural sénégalais », Cahiers d’Etudes Africaines, n° 137, 1995, pp.73 – 99.

[51] Jean-Marc GASTELLU, « Le paysan, l’État et les sécheresses (Ngohé, Sénégal : 1972-1982) », Cahiers des Sciences Humaines, n° 24 (1) 1988 :119-136.

[52] Marguerite ROLLINDE, « Face au défis de la mondialisation, la lutte contre la pauvreté et pour la dignité… », pp. 130-131, in Nicola BOCCELLA et Andrea BILLI (éds), Développement, inégalités, pauvretés, Paris, Karthala, 2005, coll. « Hommes et sociétés », 430 p.

[53] Anne-Cécile ROBERT, L’Afrique au secours de l’Occident, Paris, Les éditions de l’Atelier, 2004, p. 43.

[54] Moustapha KASSÉ, L’État, le technicien et le banquier face aux défis du monde rural sénégalais, Dakar, NEAS - CREA, 1996, p. 202.

[55] Silvia PÉREZ-VITORIA, op. cit.

Par Thierno Idrissa MBOW
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